Les politiciens font trop de télé, trop de Presse, ils ont même infesté le Web (blog, Tweeter, Facebook...). On est tous d'accord là-dessus. Sarkozy étant d'ailleurs le fer de lance de cette mouvance. La communication à outrance !
Ils sont partout à la télé (leur média préféré car le plus populaire, le plus influent, le plus émotionnel). Plus seulement sur les émissions politiques, mais aussi dans les émissions de divertissement. Ils vont chez Drucker, ils accompagnent leur dulcinée sur une interview culturelle, ils font même de la publicité, ils entretiennent un blog et bavassent sur Tweeter.
Le travail d'un politicien semble désormais se résumer à faire de l'image, choisir les bons mots, inventer l'expression qui sera reprise partout dans la Presse, proposer l'action qui buzzera, faire la grosse connerie que tout le monde se transfert sur le Web (le Lipdub de l'UMP)... Quand font-ils de la politique ? On se croirait constamment en campagne électorale !
Et ce n'est d'ailleurs pas toujours à leur avantage. Pour un élu gagné avec un discours ils en perdent souvent un autre. Le consensus est très compliqué à obtenir quand on est surmédiatisé. Chaque erreur, chaque faux pas prend une tournure démésurée. Les politiciens n'ont plus le droit à l'erreur alors la langue de bois prend encore plus de place. On n'ose plus rien dire si ce n'est pas réflêchi, testé, "stratégifié", "démagogisé". Résultat : fini le naturel, fini l'engagement et les prises de position. Que du calcul, tout le monde adopte le même discours formaté. Surtout ne pas se faire d'ennemis chez les électeurs et les médias.
Et si la solution aux dérives politiques, et au désintéressement des français à la politique, était d'interdire la communication aux homme politiques ? Tout simplement...
Les médecins n'ont pas le droit de communiquer eux ! Imaginez votre généraliste se vanter dans votre rue, en 4 mètres par 3, qu'il est le meilleur généraliste du quartier, le plus sympa. Et en bonus il signe de faux arrêts maladie pour ses meilleurs clients (on ne parle plus de patients dans ce cas là)... Les poiliticiens eux le font sans complexe ! Et pourtant c'est encore moins justifié. Si on a interdit les médecins de communiquer c'est pour éviter de créer un contexte de concurrence et une notion de "marché" sur un service public. Pourquoi pas en politique ? N'avez-vous pas l'impression en regardant le JT d'assister à une foire internationale à la politique ? Avec ses slogans bidons, ses polémiques de comptoir, ses coups bas, ses pubs comparatives ?
Interdisons aux politiciens de communiquer ! Qu'ils se contentent d'un programme clair et précis en période électorale et de dépêches factuelles pour nous faire part de leurs actions concrètes. On repartira déjà sur de meilleures bases.
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dimanche, janvier 03, 2010
mardi, mai 15, 2007
De Louis XVI à Bush, en passant par Sarkozy, De Tocqueville analyse nos leaders
Une fois n'est pas coutume, je me permets de citer presque intégralement un texte d'Alexis de Tocqueville que quelqu'un a eu la bonne idée de me faire circuler par mail. Je savais que cet auteur était brillant mais je ne savais pas à quel point il pouvait être un visionnaire.
« Il y a un passage très périlleux dans la vie des peuples démocratiques.
« Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un de ces peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir. Préoccupés du seul soin de faire fortune, ils n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous. Il n’est pas besoin d’arracher à de tels citoyens les droits qu’ils possèdent ; ils les laissent volontiers échapper eux-mêmes(…)
« Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu’il veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d’apercevoir comment la liberté sert à se le procurer ; et, au moindre bruit des passions politiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de leur vie privée, ils s’éveillent et s’inquiètent ; pendant longtemps la peur de l’anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts à se jeter hors de la liberté au premier désordre.
« Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond du cœur ; elle est esclave de son bien-être, et l’homme qui doit l’enchaîner peut paraître. (…)
« Il n’est pas rare de voir alors sur la vaste scène du monde, ainsi que sur nos théâtres, une multitude représentée par quelques hommes. Ceux-ci parlent seuls au nom d’une foule absente ou inattentive ; seuls ils agissent au milieu de l’immobilité universelle ; ils disposent, suivant leur caprice, de toutes choses, ils changent les lois et tyrannisent à leur gré les mœurs ; et l’on s’étonne en voyant le petit nombre de faibles et d’indignes mains dans lesquelles peut tomber un grand peuple…
« Le naturel du pouvoir absolu, dans les siècles démocratiques, n’est ni cruel ni sauvage, mais il est minutieux et tracassier. »
« Il y a un passage très périlleux dans la vie des peuples démocratiques.
« Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un de ces peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir. Préoccupés du seul soin de faire fortune, ils n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous. Il n’est pas besoin d’arracher à de tels citoyens les droits qu’ils possèdent ; ils les laissent volontiers échapper eux-mêmes(…)
« Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu’il veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d’apercevoir comment la liberté sert à se le procurer ; et, au moindre bruit des passions politiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de leur vie privée, ils s’éveillent et s’inquiètent ; pendant longtemps la peur de l’anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts à se jeter hors de la liberté au premier désordre.
« Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond du cœur ; elle est esclave de son bien-être, et l’homme qui doit l’enchaîner peut paraître. (…)
« Il n’est pas rare de voir alors sur la vaste scène du monde, ainsi que sur nos théâtres, une multitude représentée par quelques hommes. Ceux-ci parlent seuls au nom d’une foule absente ou inattentive ; seuls ils agissent au milieu de l’immobilité universelle ; ils disposent, suivant leur caprice, de toutes choses, ils changent les lois et tyrannisent à leur gré les mœurs ; et l’on s’étonne en voyant le petit nombre de faibles et d’indignes mains dans lesquelles peut tomber un grand peuple…
« Le naturel du pouvoir absolu, dans les siècles démocratiques, n’est ni cruel ni sauvage, mais il est minutieux et tracassier. »
Alexis de Tocqueville
Extrait de De la Démocratie en Amérique, Livre II, 1840 (10/18, 1963)
Extrait de De la Démocratie en Amérique, Livre II, 1840 (10/18, 1963)
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